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Commémoration Châteaubriant - 2019

vendredi 25 octobre 2019, par Admin UL CGT Bagnolet

Discours lu par Michel Venon, secrétaire général de l’Union locale CGT Bagnolet-les Lilas, à l’occasion de la commémoration des fusillés de Châteaubriant du 22 octobre 2019

Monsieur le Maire,
Madame la Députée Maire honoraire
Mesdames, Messieurs les Conseillers Municipaux

Le 22 octobre 1941, ils furent 27 à tomber sous les balles assassines de l’armée allemande.

Ce crime a eu lieu dans la carrière de la Sablière, près du camp de Choisel, à Châteaubriant.

Le même jour, 16 autres otages étaient fusillés à Nantes et 5 au Mont Valérien. Deux jours plus tard, ils étaient 50 à être exécutés à Souges, près de Bordeaux. Le 15 décembre 1941, les nazis viendront de nouveau prélever 9 otages du camp de Choisel.

Toutes ces femmes et ces hommes étaient habités par une volonté de transformation sociale. Ils étaient communistes, et plusieurs d’entre eux, syndicalistes CGT. Châteaubriant fut une rude épreuve pour la CGT. Parmi ces fusillés se trouvaient des grands dirigeants de fédérations de la CGT (Jean Grandel, des PTT, Désiré Granet, du Papier-Carton, Charles Michels, des Cuirs et Peaux, Jean Poulmarch, des Produits chimiques, Jean-Pierre Timbaud, des métaux, et le Bagnoletais, Jules Vercruysse, du Textile).

Ce qui rassemblait ces hommes, c’était une soif d’idéal, une passion pour la justice sociale et la liberté, une aversion pour l’oppression, un amour de la France. Car tous étaient des résistants de la première heure.

Il faut rappeler que la plupart de ces héros de Châteaubriant avaient été frappés par la répression dès le commencement de la drôle de guerre en 1939 et 1940. Ils avaient été alors privés arbitrairement de leurs mandats politiques, écartés par la force de leurs fonctions syndicales.

Pour l’occupant et le gouvernement de Pétain, Il fallait faire un exemple, empêcher les premiers actes de résistance et tuer dans l’œuf tout espoir. Il fallait installer la peur.

Le ministre Pétainiste Pucheu, un ancien des Croix de Feu du Colonel de la Rocque aux ordres, désigna les 27 qui serait fusillés. Pour cela il constitua sa liste des militants communistes et syndicalistes CGT qui avaient joués un rôle important au moment du Front Populaire.

Aujourd’hui, en 2019, soit 78 ans plus tard on tente de nous convaincre que notre combat de transformation, de progrès social est un combat du passé. Il n’en est rien !

Mais que veulent-ils que nous oubliions ? Qu’à cette époque chaque jour le fascisme gagne en force et menace. Ce monstre, rappelons-le, est né dans l’entre-deux-guerres. Il est le détestable fruit des souffrances durables nées du premier conflit mondial, de la crise économique des années 1930. Dans ce terreau fertile, les forces réactionnaires et nationalistes prennent leur essor et s’appuient sur un antisémitisme, un anticommunisme et un anti-républicanisme virulents, comme toutes de militantisme.

Ils souhaitent nous faire oublier que dans les heures sombres de la guerre, le grand patronat avait choisi le camp de l’ennemi, criant depuis 36, « Plutôt Hitler que le Front populaire », rêvant de se venger de son humiliation des acquis du Front populaire, de ces militants qui avaient eu l’affront de lui arracher des avancées sociales majeures : semaine de 40 heures, congés payés et premières conventions collectives.

Nous refusons d’oublier, et nous affirmons, haut et fort, que ce passé est notre fierté. Nous avons une dette vis-à-vis de ces militants. Les mots inscrits, peu avant l’exécution, par Guy Môquet, « les copains qui restez, soyez dignes de nous ! » ne doivent pas tomber dans les oubliettes de l’histoire ou leur engagement teinté de révisionnisme. Ce combat de l’honneur, doit être enseignée aux jeunes générations car elles ont beaucoup à y puiser, malheureusement les programmes scolaires ne vont pas dans ce sens.

Aujourd’hui, nous sommes de plain-pied dans une importante bataille idéologique. Les leçons de l’histoire n’ont pas été tirées par certains. Malheureusement les complaisances et rapprochements avec l’extrême droite se multiplient. Les censures ou les attaques contre les travailleurs en lutte, le syndicalisme dans de trop nombreux médias sont monnaies courantes. Rappelez-vous, les représentants du patronat n’ont pas hésité à taxer la CGT d’extrémisme lorsque les salariés se mobilisaient pour dénoncer les ordonnances présidentielles pour imposer la casse du code du travail. Le gouvernement court au chevet du patronat qui se dit aux abois, alors que les dividendes versés aux actionnaires atteignent aujourd’hui des niveaux record. La France est championne d’Europe dans ce domaine. Pendant ce temps la casse sociale s’alourdie, les pauvres sont de plus en plus pauvres et l’ensemble des salariés voient leurs acquis remis en cause.

Partout où le social se détériore, les nationalismes montent. Cette réalité est très présente dans notre pays et sur tout le continent européen. Dernièrement le Parlement Européen, fortement marqué par cette montée nationaliste c’est déshonoré en adoptant un texte qui revisite l’histoire. Oser dire que la guerre a été déclarée par le pacte signé en aout 39 entre les soviétiques et l’Allemagne nazi est du révisionnisme. Quoi que l’on pense de ce pacte. Il ne s’agit pas pour nous de dire l’histoire mais de rappeler des évidences historiques.

Dire cela c’est minimiser Mein Kampf, diffusé massivement à tous les citoyens allemands à partir de 1930, qui déclare entre autre, « éliminer les juifs et les tziganes, qui revendique les terres russes et est-européennes, qui dit que la France est son ennemie », c’est grave. Minimiser la montée en force des fascistes des 1933 sur cette base ne l’est pas moins.

L’ouverture des camps de concentration à partir de 1933 dont celui d’Oranienburg, ville jumelée avec Bagnolet, été un préambule à la guerre e. La participation directe par l’aviation nazie dès 1936 à la guerre en Espagne, contre le gouvernement légitime, aussi. Ne pas dénoncer l’anschluss qui a permis à Hitler d’envahir l’Autriche en 1938 est une faute. Taire la capitulation de Daladier et les Britanniques signant les accords qui de Munich en septembre 1938, en fait un pacte de non intervention, également. Ce pacte allait servir l’envahissement total de la Tchécoslovaquie. La France se rognait car elle avait un accord avec ce pays pour faire respecter ses frontières.

Qu’elle honte de falsifier l’histoire. Les familles juives ou tziganes, les communistes, les syndicalistes, ainsi que les démocrates qui avaient des proches dans ces camps, apprécieront. Les 250 000 thèques obligées de quitter leurs maisons en 10 jours et qui ont subi l’occupation totale de leur pays, malgré ce pacte de la honte aussi. Qu’elle honte pour les républicains espagnols qui ont montré leur courage pour défendre leur République, et qui ont tant œuvrés pour la libération de Paris avec le bataillon Nuèvé de la 2ème DB du Général Leclerc, comme l’a si bien rappelé le responsable de l’union locale de anciens combattants de notre ville, lors de son intervention d’août dernier. Et la liste des victimes de la montée du fascisme est longue.

Comment penser que cela ne conduisait pas à la guerre.

Les militants prisonniers de ces camps, luttaient pour dénoncer tout cela et pour la satisfaction des justes revendications des travailleurs. Pour cela ils ont été internés, nous ne les oublions pas !

Dans ce combat contre l’oubli, nous devons féliciter le travail réalisé par l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé, Aincourt. Nous remercions l’amicale de nous confier leur drapeau pour cette cérémonie. Ce n’est pas le fruit du hasard, puisque la CGT était partie prenante dès l’origine de cette fondation. Un des dirigeants CGT de la Fédération de l’Energie, Léon Mauvais, qui s’évada du camp de Châteaubriant en juillet 1941 avec Eugène Henaff de la fédération CGT de la construction, sera le premier président de l’amicale. Eugène Kerbaul, qui viendra habiter notre commune, et qui avait été interné, puis évadé de ce camp a été un des fondateurs de l’amicale, et artisan de la mise en place du musée de la sablière. Au lendemain de la libération il deviendra le mari d’Odette. Ils étaient tous deux de grands résistants.

Plusieurs camarades de Bagnolet et des Lilas, territoire ou rayonne notre union locale, seront internés dans ce camp de châteaubriant et de nombreux autres, je ne peux pas tous les citer. Nous commémorons leur mémoire et poursuivons leur combat dans la société d’aujourd’hui.

Merci de votre attention.